01 novembre 2010

L'intolérance intolérée

Intolérante au lactose, mon quotidien est aussi bien rythmé par le déchiffrage de la liste d'ingrédients composant les moultes articles cuisinés du supermarché que par la recherche de refuser le plus gentiment possible le morceau de tarte que l'on me présente avec insistance, le fait d'aller dîner chez des amis et de devoir leur imposer mon régime alimentaire ou aller au resto et interroger le serveur sur la composition des plats.

 

Je ne suis pourtant pas née comme ça...Avant, j'étais une grande consommatrice de produits laitiers! Lait, yaourts, fromage...tout y passait chaque jour. Haaa...le fromage...j'avais le plaisir de dégoter les plus puants et les  plus dégoûlinants...au plus le fromage empestait le frigo, au plus cela représentait signe de qualité!!! J'aimais ça!!!

 

Et puis un jour, mon corps a dit stop.Alitée, malade, épuisée, tordue de douleur, je ne pouvais plus rien avaler ni digérer. Le médecin, soupçonnant une crise de vésicule, m'envoyant aux urgences; l'urgentiste -  soupçonnant une grossesse cachée aux parents -  me forçant à faire une prise de sang pour enfin me croire que non, je n'attendais pas famille, m'abandonnant des heures entières dans la salle d'attente en espérant qu'une illumination lui tombe du ciel...il aura fallu une semaine d'allers-retours aux urgences, plusieurs perfusions d'anti-douleur, enfin la décision de m'envoyer chez un gastrologue et un test de dépistage pour que le verdict tombe : vous présentez une carence sévère en lactase, vous êtes intolérante au lactose.

 

C'était il y a à peu près 6 ans. A l'époque, on n'en parlait pas de trop et je ne savais pas encore que le lactose allait diriger en partie ma vie. En effet, le sucre du lait, c'est aussi un conservateur et il y en a partout : lait,beurre,fromage,crème,yaourts mais aussi biscuits, pâtisseries, plats préparés, viandes épicées, sauces, conserves,etc. Mes premières courses au supermarché, liste d'aliments autorisés (fournie par une diététicienne spécialisée) en mains, caddie pratiquement vide après trois quarts d'heure de recherche...j'ai failli m'enfuir en pleurant. Ces courses, je les ai finalement terminées la gorge nouée en réalisant tous les aliments auxquels je devais dire au revoir. Ce fut dur à accepter, ce fut difficile à comprendre mais il fallut bien s'adapter.

 

Aujourd'hui, après des années de recherches, de tests et de crises allergiques pour m'être trompée sur la composition d'un plat...j'ai parfaitement adapté mon régime alimentaire. Des substituts au lait existent, des marques commencent à développer des produits laitiers sans lactose et j'ai des cachets me permettant de digérer des petites doses consommées...bref, je mange bien...peut en témoigner mon petit bidou!

 

Le plus dur à vivre n'est pas mon intolérance finalement. Non. Le plus dur à vivre, c'est le regards des autres. Devoir me justifier, m'expliquer ou me faire passer pour une capricieuse. Voir les gens surveiller mon assiette pour vérifier que ce que je mange soit bien sans lactose et que je ne fasse pas de grimace. Me contenir lorsqu'on veut me servir un plat à base de lait ou de crème et qu'on me dit : "oh, c'est pas pour une fois!".  Refuser, encore, un plat plein de beurre alors que je viens d'expliquer ce que je peux et ce que je ne peux pas manger. J'ai alors envie de hurler : "Mais c'est toi qui va payer les conséquences? C'est toi qui va subir la souffrance?"

Un excès pour moi est une roulette russe.Iil peut se traduire sous forme de plaques, une crise de foie, l'équivalent d'une crise de vésicule m'alitant une journée entière avec une semaine de courbatures en primes, une visite chez le médecin avec médocs en intraveineuses en cadeau ou à l'hôpital avec perfusion pour m'aider à surmonter la douleur. C'est selon mon état général, ma fatigue, mon capital énergie du moment. 

 

Ce regard, je l'ai encore vécu aujourd'hui, dans un snack, lors de ma commande....Je demande une pizza sans fromage. L'employé rit nerveusement, m'arrête et appelle le patron. On me prend à part des clients, sourcils froncés, l'air interrogateur, on me demande ce que je veux. J'explique, pour la...euh...millième fois de ma vie, que je suis intolérante au lactose. Je ne peux consommer ni lait, ni crème, ni beurre, ni fromage. Je veux juste une pizza sans rien de tout ça. Je ne pense pas avoir commis un crime, je ne comprends pas pourquoi on me traite comme une bête curieuse. Le patron dit finalement qu'il adaptera ma pizza pitta et, une fois arrivée à la maison, j'ouvre le carton et découvre une pizza sans mozzarelle mais avec sauce yaourt à l'ail. J'ai finalement mangé un croque monsieur....J'en aurais pleuré de rage...

 

Quelque part, cette maladie - je pense qu'on peut appeler ça comme ça - est un vrai handicap social. Je la vis parfaitement bien mais ma différence n'est pas forcément acceptée des autres.Et c'est finalement cette intolérance là qui me fait souffrir! On ignore, on fait semblant de ne pas comprendre, on se fout, on se moque, on détourne le regard. Le must est d'être invitée à une soirée raclette ou wine&cheese, être invitée à dîner par une tante qui me sert du vol-au-vent, devoir dire 10 fois en 5minutes "non merci, pas de crêpe" , se voir offrir des petits pains au chocolat pur beurre, répéter sans cesse aux mêmes personnes "non merci, pas de glace", en famille  se faire servir une tomate-mozzarella en s'entendant dire "t'as qu'à enlever la mozzarella", regarder les autres se goinfrer d'apéro quand j'ai la dalle et que rien ne m'est autorisé (souvenir d'un super Noël), et la liste pourrait continuer encore longtemps!

 

Bref, on parle de discrimination raciale, de discrimination envers les handicapés mentaux et physiques, de discrimination envers la liberté du culte mais je crois que l'on peut parler aussi d'une nouvelle sorte de discrimination : la discrimination alimentaire....

 

 

Posté par Sans lactose à 15:54 - - Commentaires [12] - Permalien [#]